Jour 1 : L’équipage de l’ « Oceanian » a accueilli chaleureusement la centaine de passagers que nous sommes à bord de ce petit bateau de croisière. Les officiers de bord nous ont indiqué nos cabines respectives et nous ont invités à nous rendre au restaurant une fois que chacun sera installé et mis à son aise, pour le discours de bienvenue du Commandant du navire.
Nous avons levé l’ancre en milieu de matinée. Après l’accueil du commandant, je me suis installé sur un transat au bord de la piscine et suis resté à siroter une menthe à l’eau sous la douce chaleur du soleil. Cela faisait longtemps que je n’avais pas remis ce caleçon de bain, je craignais qu’il ne m’aille plus…
Jour 2 : Nous avons de la chance, la météo prévoit un temps superbe aujourd’hui encore. Je vais en profiter pour me reposer au bord de la piscine et faire un peu de tennis de table sur le pont inférieur.
Jour 3 : Aujourd’hui, je sens une certaine tension parmis les voyageurs et l’équipage : cela se comprend facilement, on prévoit une tempête tropicale pour la fin d’après-midi. Je sens que ça va nous gâcher la journée !
Jour 4 : Je me suis trompé hier : cette tempête ne nous a pas seulement gâché la journée, mais toutes les vacances. Je suis resté dans ma cabine, à l’instar des autres passagers, comme l’avait fortement conseillé l’équipage, vu la houle qui se levait et la noirceur du ciel qui épaississait. Je sentais le roulis et le tangage. J’ai eu, à ce moment là, une pensée pour tous ceux qui sont sujets au mal de mer… Au bout d’un moment, les lumières se sont mises à vaciller, puis se sont éteintes. Le bâtiment était soumis aux caprices de l’océan. Je dus m’endormir, car je me souviens avoir été réveillé en sursaut par un choc rude et soudain, accompagné d’un fracas titanesque.
Je me suis précipité hors de ma cabine pour me rendre sur le pont principal. Dans les coursives, j’ai croisé tant des passagers que des membres d’équipage tous aussi paniqués les uns que les autres. En entendant les hurlements qui fusaient, j’ai compris que le navire était en train de prendre l’eau tout en continuant sa course folle sur les flots déchaînés.
Au creux d’une vague, j’ai été déséquilibré et suis tombé en me cognant la tête à quelque chose de dur, ce qui m’a fait perdre connaissance.
Quand je retrouve mes esprits, je suis allongé sur le dos, sur un banc de sable, trempé et salé, le corps léché par le flux et le reflux des vaguelettes côtières. Les yeux me brûlent, le soleil est haut dans le ciel. Il semble que je sois resté inconscient toute la nuit. Cette impression m’est confirmée par mon estomac qui se rappelle à mon souvenir.
En me levant, j’examine les alentours : d’un côté la mer à perte de vue, de l’autre, une étendue de sable menant à une végétation luxuriante et dense.
Première chose qui me vient à l’esprit : chercher de quoi manger et se confectionner un abri. Je m’engage alors sur un sentier qui serpente au milieu des bananiers, des cocotiers et des palmiers. D’autres plantes jonchent le sol, dont certaines présentent des baies. N’y connaissant pas grand chose en botanique, je me rabat sur les bananes.
Je passe le reste de la journée à chercher des objets issus du naufrage ou locaux, qui pourraient m’aider à confectionner un abris. En fin d’après-midi, j’ai trouvé de quoi me faire un abri sommaire à base de branches et de toile. Ce soir, je vais me faire un bon feu, tout d’abord pour atténuer le froid, mais aussi pour éloigner les éventuels prédateurs, même si je n’en ai croisé aucun de toute la journée.
Jour 5 : J’ai été réveillé par des bruits étranges que je ne connaissais pas. En observant autour de moi, j’aperçois un ara qui vient de prendre son envol et, un peu plus loin sur la plage, je vois une tortue de mer quitter un tas de sable et repartir en mer. Je laisse mon regard se perdre à l’horizon, rêveur, quand, du coin de l’oeil, une chose attire mon attention. A deux ou trois cents mètres de la plage, vers le large, une silhouette se découpe hors de l’eau. Je m’en rapproche tout en m’enfonçant dans les flots et m’aperçois qu’il s’agit d’une partie du navire échoué. L’autre partie ne doit pas être très loin.
Je me confectionne un radeau qui va me servir à me ravitailler dans l’épave du bateau. J’ai la chance de trouver des caisses de vivres encore intactes et divers matériels et objets utiles, dont quelques outils et des vêtements.
Ceci me permet d’améliorer mon habitat et d’y ajouter quelque protection, car au cours de la journée, j’ai entendu quelques grognements peu rassurants.
Le soir venu, je vais récupérer les oeufs de tortue de mer que je range dans la caisse vidée de son contenu.
Jour 6 : Après avoir déjeuné d’un oeuf de tortue et quelques bananes et m’être habillé, je m’équipe d’une hache d’incendie et d’un couteau de cuisine en guise de machette pour aller à la découverte des environs de la forêt. J’empoche aussi une lampe-torche au cas où.
Ma première journée de recherches ne me permet pas de découvrir d’autre survivant dans le prolongement de la plage où je me trouve. Je réussis cependant à chasser quelques petits animaux. Mais en revenant vers mon campement, je suis surpris par l’apparition, devant moi, d’une sorte de chien sauvage ressemblant un peu à une hyène. Les babines retroussées, le grognement féroce, la bête bondit sur moi. Je roule de côté en dégageant mon couteau de cuisine. La bête fait un pas circulaire, me contournant tout en me fixant de son regard affamé. L’animal bondit à nouveau. Je brandis le couteau vres la bête en me ramassant sur moi-même. Je sens une violente déchirure à l’épaule droite. Des griffes viennent de me lacérer. Je me rends compte alors que ma main droite ne tient plus le couteau. La bête gît par terre, sur le côté, le couteau lui traversant la poitrine.
Tant bien que mal, je tire la dépouille jusqu’à mon campement : une bonne réserve de viande.
Jour 7 : Ce jour-là, je me prépare pour faire le tour de l’île afin d’en estimer la surface, la forme approximative et éventuellement, voir si je trouve d’autres survivants… on ne sait jamais. Finalement, en fin de journée, j’ai fait le tour de l’île (qui n’est pas si grande que cela) et ai pu prendre contact avec quatre survivants du naufrage : Jacques, un ingénieur en électronique de Nice, Nasser, un jeune médecin de Gabès, Nastia, une étudiante en sociologie originaire de Moscou, logée sur Paris et Yasmine, une esthéticienne de Djerba. Ceux-ci se sont confectionnés des abris de fortune, comme moi, et sont exténués. Je leur propose donc de venir se regrouper dans mon campement, vu que c’est le plus près de l’épave du navire. Il nous suffira de l’agrandir pour tous les cinq.
Une fois de retour au campement, nous préparons des couchettes de fortune pour la nuit, en attendant de confectionner une cabane à chaque membre de notre nouveau village. Je mets donc en commun les réserves ramenées de l’épave et mes prises de chasse.
Le lendemain, je laisse mes nouveaux compagnons s’affairer à la construction de leurs logis respectifs, tandis que, de mon côté, je m’attèle à la fabrication d’armes diverses : d’arcs à base de branches travaillées et de boyaux de chat sauvage avec des flèches à pointes en tôle de récupération. J’utilise les plumes de volatiles chassés ou perdues dans la nature pour l’empennage. Je fzis ensuite la distribution des armes et outils qui, eux aussi, peuvent servir d’arme improvisée en cas d’attaque d’animaux sauvages.
Le soir venu, chacun a de quoi se défendre et une cabane pour s’abriter.
Jour 8 : Ce matin, nous avons fait une excursion dans les morceaux d’épave du navire pour récupérer le maximum d’objets technologiques. Jacques, notre électronicien, se propose de tenter de remettre en état la radio de bord pour demander du secours. Nous avons enfin un espoir de pouvoir repartir de cette terre abandonnée. Il y travaille tout l’après-midi tandis qu’avec les trois autres, nous dressons une palissade autour des cabanes.
En fin de journée, nous nous mettons d’accord pour établir des tours de chasse et de cueillette pour alimenter tout le monde : en effet, les réserves récupérées sur l’épave commençent à réduire sérieusement.
Jour 10 : Aujourd’hui, avec Nasser et Nastia, nous avons découvert une ancienne ruine dans la jungle. Après un rapide passage au campement pour nous équiper, nous sommes allés l’explorer. Il semble s’agir d’un ancien temple à demi souterrain, abandonné depuis des siècles par une civilisation, à priori, locale. Heureusement, les murs ne recelaient aucun piège, ce qui nous a permis d’en faire le tour en quelques heures. Nous avons pu récupérer quelques statuettes primitives en bois que nous avons montrées à nos camarades restés au camp.
Jour 12 : Notre groupe de survivants fonctionne à merveille. Nous avons mis au point un collecteur d’eau de pluie pour nous laver et boire de l’eau douce. Nous nous servons du radeau pour aller pêcher, équipés de filets de lianes lestés par quelques galets. Je suis étonné qu’aucun conflit n’ait éclaté entre les membres du groupe, ce qui prouve bien que la survie est l’affaire de tous, et que, dans ces conditions, les hommes sont capables de faire abstraction de leurs divergences d’opinions pour se serrer les coudes et s’entraider. Si seulement nos dirigeants pouvaient vivre pareille expérience, peut-être, alors, seraient-ils moins aveuglés par le pouvoir individuel et se tourneraient-ils plus vers l’intérêt commun.
A plusieurs reprises, nous avons du repousser la visite de félins curieux et affamés. Nastia a d’ailleurs été blessée par l’un d’eux, heureusement que Nasser était là, équipé des matériels médicaux récupérés sur l’épave.
Jour 15 : Ca y est ! Jacques a réussi à réparer la radio. Il va enfin pouvoir tenter d’envoyer un SOS aux stations des environs… sauf que nous ne savons pas vraiment où se situent ces environs, si ce n’est que nous sommes dans l’hémisphère sud, quelque part entre l’Australie et le Chili ! Cependant, notre médecin a trouvé, dans les récupérations de l’épave, une vieille longue-vue, qui a sans doute appartenu à un des passagers disparus, et grâce à elle, a pu distinguer quelques îlots entourant notre terre d’asile. Nous avons ainsi pu dessiner une carte sommaire de l’endroit où nous nous trouvons… malheureusement, il doit y avoir bon nombre d’îles identiques, par ici…
Jour 17 : Ca fait deux jours que nous envoyons des signaux radios sur différentes longueurs d’ondes, mais toujours aucune réponse… La situation n’est pas simple, mais le groupe garde le moral pourtant. Heureusement que nous ne sommes pas trop nombreux et que nous arrivons à subvenir à nos besoins alimentaires quotidiens en quantités raisonnables, ça évite les tensions.
Jour 18 : Cette fois, Jacques semble avoir capté une émission de station francophone. Après près de deux heures de tentatives d’explications géographiques, il semble avoir pu communiquer avec des autorités portuaires Tahiti. Espérons qu’ils trouvent notre île. Pour se faire, nous avons rassemblé des restes de carburant du navire échoué sur un promontoire de roche nue sur lequel nous avons préparé un gros tas de branchages auquel nous mettons le feu. En l’arrosant de carburant, nous donnons au feu une fumée noire qui se repère de loin. Nous faisons des tours de garde auprès du feu pour s’assurer qu’il ne s’éteigne pas et l’alimentons en branchages.
Jour 21 : Ce matin, un hydravion des autorités tahitiennes vient d’amérir près de notre plage. Cette fois, nous sommes sauvés. En voyant l’appareil ralentir sa course près de notre plage, nous leur adressons de chaleureux signes de bienvenue. Chacun rassemble quelques effets épars qui auront plus une fonction mémorielle qu’utilitaire et nous rejoignons l’appareil, nous apprêtant au retour à la civilisation.
Ces quelques semaines passées ensemble nous ont appris à nous connaître les uns les autres et à nous apprécier malgré nos différentes personnalités. Au cours de notre aventure, Nasser et Yasmine ont plus que sympathisé et parlent de se retrouver très bientôt en Tunisie, Jacques rentre sur Nice, Nastia, terminant ses éthdes d’ici un mois, se prépare à rentrer à Moscou, quant à moi, je m’apprête à retrouver ma bonne campagne francilienne…